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    Les pages des livres que j’ai devant moi, au moment où j’écris, sont jaunes. La nuit asticote la mer pour la rendre plus noire et ténébreuse. Le bruit des pages qui tournent quand une idée vient de naître n’a plus rien d’un bruit, mais tout d’une berceuse tellement la douceur amortit les feuilles mortes entre elles. Lire et écrire en même temps, je ne sais pas faire autrement. Cela accélère chez moi l’urgence des trouvailles.

    Trouver quoi ? Pour qui ? Dans quel but ? Ces interrogations continuent à pleuvoir sur les certitudes que je protège. Elles alimentent les convictions de mon narrateur, le plus fantomatique de mes personnages, que je maquille sans vergogne et sans gêne. Tout, dans le récit, se prolonge, s’intensifie et se précise, quand bientôt arrivé à la fin, je pense déjà à une autre histoire que j’ai hâte de commencer.

    Le vertige de la création littéraire qu’on éprouve quand on commence à écrire doit bien s’estomper un jour ou l’autre. Ce jour-là, l’écrivain est certain d’une chose au moins : qu’il ne pourra plus changer de métier. Celui qu’il a choisi ne peut plus se faire en dilettante, ou uniquement le dimanche pour régler ses comptes avec la vie.

     

    Je meurs un peu plus chaque fois quand je sens la comptabilité des mots, des phrases, des chapitres et des pages atteindre un total dépassant toutes les espérances prévues. Cette réflexion me vient suite au livre de Brautigan que je viens de finir et qui s’appelle Cahier d’un retour de Troie. Bien sûr le prétexte de la comptabilité des mots, des lignes et des pages qui hante une partie de la vie du narrateur cache un effroyable sentiment de vide que l’écrivain remplit par l’intermédiaire du narrateur. N’est-ce pas là, dans le livre de Brautigan, la preuve littéraire que l’écrivain ne sert en fait qu’à transformer le vide en plein ? Qu’il occupe une fonction essentielle dans la société, celle d’amuser tout en jouant lui-même, de créer de la fiction lui permettant de faire se réaliser les plus grandes expériences humaines. L’écrivain est pour lui un agent d’émotion. Ça, c’est une belle idée !

     

     

     

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    Pierre Perrin , auteur et critique littéraire, a écrit sur son site une belle note de lecture concernant Copies, publié en juin 2016. Il suffit de recopier le lien suivant pour la lire: 

    http://lefraisregard.free.fr/radiere.php

     

     

     

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    L’horizon boit la mer qui se laisse avaler sans broncher. On dirait une nappe infinie posée depuis longtemps sur une table liquide. Le lointain devient proche. Le soleil, lui, reste imperturbable, dominant le ciel de toute sa providence et arrosant de-ci de-là de plusieurs filets de lumière en paillettes quelques chemins tracés dans de vagues obscures.

     

     

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    La blancheur de sa peau détonne avec la noirceur de son maillot de bain. Elle, par contre, dans son bikini vert clair, a le teint encore plus mat qu’à l’accoutumée. Son bronzage est caramel et les contrastes sont éblouissants. Main dans la main, ils courent vers la mer puis se jettent dedans en éclatant de rire, tels des enfants heureux. Ils ne se quittent pas d’un pouce. On dirait qu’ils sont soudés l’un à l’autre. Tout est prétexte à caresses et autres frôlements délicieux que l’eau amplifie sans que l’on sache pourquoi. Les baisers qu’ils s’échangent glissent sur leur peau mouillée. Leurs lèvres sont des rouleaux salés ; elles aplatissent sur leur passage les gouttelettes de l’infini et font pousser juste après que tout est bien tassé des fleurs invisibles parfumées de senteurs inconnues. Leurs bouches en train de s’ouvrir sont des tulipes venant d’éclore et leurs rires, des trompettes enfantines qui claironnent.

     

     

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    Le bruissement de leurs pieds nus sur le carrelage froid de la chambre a quelque chose de mystérieux et de silencieux à la fois. Ils se déplacent, s’immobilisent, s’allongent sur leur lit, parlent, se taisent avec naturel et volupté. Ils ressemblent à ces vieux couples immortels isolés dans leur antre natale que plus rien n’atteint. Leur unique présence suffit à elle seule à meubler comme par miracle l’espace impersonnel d’une habitation prêtée.

     

     

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