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    Je finirai la séquence de ces déambulations amoureuses sur un titre d’Iggy Pop extrait de son album Miss Argentina où il chante des ballades. Je ne sais pas encore laquelle ce sera. Même si l’ensemble de son CD est mélancolique, je pense que ça collera bien avec l’amour que mes deux personnages éprouvent l’un pour l’autre. Comment parler du bonheur sans penser à la tristesse ? Mon film sur mes enfants sera une tentative de réponse à cette question.

    ( Notes prises pour un film qui ne verra jamais le jour )

     

     

     

     

     

     

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    Martin est âgé de onze ans quand en vacances chez ses grands-parents, il décide avec son cousin Max, d’aller se baigner dans l’Aisne. C’est l’occasion pour son père de sortir un peu, de prendre l’air, de profiter de quelques rayons de soleil pour aller les accompagner. C’est toujours assez dangereux de laisser deux enfants sans surveillance se baigner dans la rivière. Des tourbillons en ont déjà emporté plus d’un et malheureusement, ils ne sont jamais revenus.

    Tout excités à l’idée d’aller piquer une tête dans la rivière, les deux cousins ne prennent même pas le temps de se déshabiller une fois parvenus sur la berge, qu’ils se jettent à l’eau sans se soucier de quoi que ce soit. Les conseils de Damien ne les calment pas. On dirait deux petits chiots énervés : ils n’arrêtent pas de se chamailler malgré les remontrances de leur maître. Le père de Max, Alain, est là lui aussi. Il a pour mission de surveiller son ouaille. Il connaît mieux que quiconque les dangers de l’Aisne : sous ses airs tranquilles d’eau à vache peu profonde, elle peut se révéler assassine si on ne s’en méfie pas. Il est pêcheur et les week-ends, il vient ici en famille pour décompresser un peu de sa dure semaine passée dans l’immeuble rémois tout déglingué dont il est le gérant et qu’il ne supporte plus de rafistoler comme il peut avec les moyens du bord et les insultes et les menaces de mort qui vont avec. Ici, c’est son havre de paix. Pendant qu’il explique à Christian que la dernière fois il a été obligé d’intervenir chez un locataire : il avait retiré l’intégralité du carrelage de sa salle de séjour pour y mettre de la terre et y planter son jardin potager, les deux enfants jouent comme des fous.

    - Martin, ne va pas plus loin que là, crie Damien en lui montrant la zone à ne pas dépasser, là-bas il y a des trous et tu risques d’être emporté. Fais attention !

    Tout en écoutant Alain, Damien ne quitte pas des yeux son fils : il semble prendre à la légère les recommandations de son père.

    Enervé par le comportement désobéissant de Martin, il rappelle un peu plus fermement cette fois qu’il a intérêt à l’écouter sinon il devra sortir de l’eau illico presto. Son cousin, un peu plus vieux, comprend qu’il y a des limites à ne pas dépasser. Alain n’a rien besoin de lui dire.

    À peine Damien a-t-il le temps d’appeler son fils que son beau-frère plonge pour aller chercher son neveu parti emporté par un énorme tourbillon. Le visage de Damien devient blême. Alain va très vite. Martin s’en va. La rivière se moque bien du fait qu’il soit bon nageur, elle l’aspire comme elle le ferait pour un énorme tronc d’arbre lourd et encore plus flottant. Martin crie mais Alain est déjà à ses côtés. Il le choppe par son T-shirt et le plaque contre lui. C’est la plus grosse prise qu’il n’ait jamais faite.

    Sauvé des eaux grâce aux réflexes de pêcheur de son oncle, Martin se sent honteux et son père a du mal à s’en remettre. C’est la première fois que le silence se suffit à lui seul.

    ( Notes prises pour un film qui ne verra jamais le jour.)

     

     

     

     

     

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    Léa ne dort toujours pas. Elle est insatiable. On croirait vraiment qu’elle parle à quelqu’un. Elle imite les conversations téléphoniques à la perfection. Il y est question de ménage, de rendez-vous, de courses à effectuer, de recettes à recopier, de colères incroyables que Petite aurait faites et de punition à infliger à sa poupée préférée.

    - Si tu continues ta colère, lui déclare-t-elle à haute et intelligible voix, tu iras dans ta chambre et si tu ne te calmes pas, je ferme la porte et tu sortiras que quand je te le dirai. T’as compris, Petite ? Je suis pas ta bonne, moi. C’est pas moi qui vais ramasser ton chantier.

    Après chaque reproche formulé, elle marque un temps d’arrêt parce qu’elle n’oublie pas qu’elle est au téléphone avec sa Petite qu’elle aime plus que tout et que les conversations téléphoniques ont toujours lieu de cette manière pour celui qui les entend sans écouteur.

    - Si tu regardes trop la télé de près, tu auras les yeux carrés. Alors arrête, Petite. Faut que tu m’écoutes un peu. Le Père Noël il te regarde avec ses jumelles derrière les nuages et s’il voit que t’es pas gentille, il t’apportera pas de cadeaux.

    Damien et Danielle pouffent de rire.

    -                    Où va-t-elle chercher tout ça ? demande Danielle.

     - C’est pas dans ses livres ça, je ne lui ai jamais lu d’histoires où des personnages ont les yeux carrés à force de regarder la télé de près.

    (Notes prises pour un film qui ne verra jamais le jour.)

     

     

     

     

     

     

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    - Tu crois que c’est normal de bavarder autant ? demande-t-elle à Damien, c’est peut-être de ma faute aussi, je n’ai pas arrêté de lui parler quand elle était petite à l’hôpital. De tout et de rien. Quand on se retrouvait toutes les deux le soir, après ton départ, je lui racontais des histoires que j’avais dans la tête et que j’inventais pour elle, tout en lui caressant la main. Elle était tellement perfusée de partout que c’était ma manière de la prendre dans mes bras. J’arrêtais vraiment quand je voyais qu’elle fermait les yeux, qu’elle était rassurée, et qu’elle semblait ne plus souffrir du ventre. Dès qu’elle ouvrait les yeux, même en pleine nuit, ou qu’elle geignait un peu, je me relevais pour lui parler et ça la calmait tout de suite. J’ai toujours été comme ça avec elle. Ça vient certainement de là sa boulimie des monologues. Parce qu’en réalité c’est ça qu’elle fait, elle s’écoute, comme si elle se parlait à elle-même pour se rassurer de je ne sais pas quoi. Jusqu’à tomber de fatigue.

    ( Extrait de Notes prises pour un film qui ne verra jamais le jour )

     

     

     

     

     

     

     

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    Ecrire demande de la pugnacité

    tout comme élever des enfants.

    Dans les deux cas

    on ne connaît pas

    le résultat de son travail

    parce qu’il est sans fin.

    On ignore où l’on va

    ou lorsque l’on pense

    qu’on a franchi une étape

    une autre s'impose à nous

    qu’il faudra bientôt passer

    et qu’on n’attendait pas forcément. 

     

     

     

     

     

     

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