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    C’est un long poème

    que j’aurais voulu écrire

    et je me rends compte

    que je prends plus de plaisir

    à chercher mes mots

    qu’à trouver des images.

     

     

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    La bière coule à flots dans les chopes que le serveur ramasse et remplit aussitôt qu’elles sont bues. La mousse colle au rebord intérieur des verres en y laissant des dessins fantastiques. Elle les regarde en buvant son eau fraîche et y voit dans ces formes laissées par la mousse collée des histoires sans queue ni tête  ressemblant à des bandes dessinées que personne n’a encore jamais lues. Puis ses visions disparaissent et réapparaissent dans des songes comme des oiseaux en train de planer au-dessus d’un point précis et qui soudain se volatilisent dans les airs sans qu’on n’ait pu s’apercevoir de quoi que ce soit.

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    Il y a dans l’acte d’écrire un engagement personnel que personne d’autre, à part peut-être l’écrivain lui-même, ne réussira à élucider bien clairement. Ecrire c’est remuer ce mystère, comme un couteau que l’on bouge dans une plaie ouverte. Plus le sang coule, plus on a mal et plus on est bien de se sentir partir.

    En écrivant, je laisse de côté la plus grande part des images poétiques en train de me harceler. Je ne garde qu’une infime partie des autres me revenant sans cesse. Elles m’intéressent comme un rêve que je fais souvent et qui me parle sans que je sache pourquoi. J’y pense et j’y repense avec la même émotion.

     

    Et puis il y a ce rapport au temps sournois et jamais franchement avoué qui supposerait qu’inconsciemment j’écrive pour laisser mon empreinte dans l’histoire. La peur de disparaître sans avoir vraiment eu mon mot à dire est une frustration et elle  m’encourage à créer. À mon avis, tout art est à la fois un moyen subtil et prétentieux  de retrouver son chemin perdu dès la naissance.

     

     

     

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    La première partie de Tableaux d’une exposition de Moussorgsky lui paraît tellement différente. Et c’est pourtant bien celle-ci qu’il y avait en fond sonore tout à l’heure. Elle n’a pas changé de CD. Sa perception n’est plus celle que le plaisir de faire l’amour retire aux oreilles abasourdies par l’excitation du corps. Elle est maintenant en pleine possession de ses moyens et l’orchestre symphonique de Berlin vient de remplacer celui qui l’a aimée comme un fou il y a peu de temps pourtant et qui dort à présent à poings fermés.

    C’est son morceau préféré. Il le lui a passé pour qu’ils l’écoutent ensemble et qu’ils vibrent dessus tous les deux en s’aimant. Elle aussi a la chair de poule et comprend pourquoi cette musique lui tient tant à cœur. Ils viennent de se rejoindre dans la plus abstraite des communications que seule la musique peut permettre. Si seulement elle pouvait augmenter le volume. Elle ne veut pas le réveiller.

    Les mouvements s’enchaînent les uns aux autres dans la plus logique des liaisons musicales. Rien ne la surprend. Et pourtant elle est totalement néophyte. De manière progressive et lente, les hommes bleus se suivent sur leurs chameaux tels des ombres serpentant les collines ensoleillées du désert. C’est irréel et en même temps très visuel ce qu’elle ressent. Avec leurs longues tuniques bleues et leurs voiles posés sur leur tête, les Touaregs fixent un point qu’ils s’inventent pour avancer sans cesse et ne jamais désespérer. Elle les voit parcourir des kilomètres et des kilomètres de routes sablées sans jamais s’arrêter. Cette musique lui évoque persévérance et acharnement. Elle se sent emportée dans un tourbillon de visions incontrôlables et contradictoires.

     

    Il dort profondément ; elle a des frissons et voudrait qu’il se réveille pour qu’ensemble ils aient les mêmes émotions. Soudain, il se retourne brusquement, réveillé par le crescendo du morceau intitulé Bydlo. Le septième mouvement de la pièce. À chaque fois qu’il l’écoute, ce passage le transporte vers des hauteurs qui lui font voir la vie en minuscule. Il se sent grand et fort en même temps, aérien par-dessus tout. Le bruit des tambours du Ballet de poussins dans leurs coques le ramène sur terre. Plus la musique est forte, plus elle le trouve beau, gracieux et expressif. Ils vont très bien ensemble, la musique et lui. C’est la première fois qu’une telle remarque lui traverse l’esprit. L’exaltation des sens dope la perception des choses. Ils se serrent l’un contre l’autre. Leur nudité, dans la chambre chaude, est un tableau à elle seule, une allégorie du bonheur.

     

     

     

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    Le charme reste intact longtemps après avoir existé à un moment donné du passé. C’est étonnant. Grâce à l’incroyable travail de la mémoire, rien ne bouge. L’exactitude frôle la perfection. Ecrire c’est ça je pense : respecter le  plus fidèlement possible les frôlements qui s’opèrent entre la clarté du souvenir et le vague des intuitions. Elle est ici même l’origine de ma volonté d’écrire ce roman. Plus j’écris, plus je me rends compte qu’il n’y a rien de plus lié au passé que l’acte d’écrire. Et en même temps écrire c’est préparer l’avenir. Je veux dire que ce roman dont j’ignore tout est déjà pour moi la certitude du  brouillon d’un autre.

     

     

     

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