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    JOURNAL 2016 de THIERRY RADIÈRE (Ed. Jacques Flament)

      

    Ljournal2016radie%CC%80re.jpg’année d’un écrivain

    À la demande de Jacques Flament, Thierry Radière s’est plié, l’année 2016, à l’exercice du Journal. C’est l’année de la mort de Delpech, de Prince, de Butor, celle de l’attribution du Prix Nobel de littérature à Bob Dylan, celle de la lutte sociale contre la loi EL Khomri…  Ses notations sur les faits rapportés  sont surtout prétexte à des considérations personnelles et littéraires. Un Journal que je me suis vite surpris à lire comme une fiction, celle d’un enseignant, par ailleurs auteur, père, mari et homme attentif à son épouse, à ses enfants et amis écrivains. Jusqu’à attendre la dernière notation qui clôt la chronique de l’année comme elle l’a commencé par une considération d'ordre pratique portant sur les kakis accrochés aux branches du plaqueminier comme s’il fallait marquer le retour du même par une balise ouverte sur la nature, sur l’extérieur... 
    Car on comprend que l’auteur a besoin de repères familiaux, amicaux, d’une relation enracinée dans le réel pour permettre à la fois de libérer son imaginaire et d'apprivoiser sa sauvagerie intérieure.

    Thierry nous fait pénétrer sans effraction (ce n'est pas le genre de la maison) dans son univers familial mais aussi de son travail d’enseignant (avec des remarques fort pertinentes sur le métier et le milieu professionnel dans lequel il évolue) et son processus créatif d’écrivain, tout entier organisé autour de son amour de la littérature, entre écriture quotidienne et partage de lectures avec ses amis éditeurs, auteurs ou poètes, qu’il aime à citer à mesure qu’il reçoit de leurs nouvelles: Queiros, Roquet, Tissot, Rochat, Blondel, Vinau, Bergounioux, G. Lucas, Belleveaux, Emery, Perrine, Bonat-Luciani, Prigent, Goiri, Boudou, Prioul… Car, écrit-il, l’écriture d’un Journal a sans doute aussi cette fonction-là, entre autres, de mettre en relation des lecteurs et des références.

    De temps à autre, il examine un concept à sa manière, il le sonde jusqu’à l’os et il en ressort des pages typiquement radieriennes qui rappellent ses nouvelles et ses poèmes. Il revient, un jour, sur l’écriture de Copies, où j’apprends qu’il s’agissait d’une œuvre de fiction alors que j'avais lu le texte comme un journal de correction d’un enseignant qui découvre par ailleurs l’amour.  Ainsi Thierry slalome, depuis ses premiers écrits publiés, entre fiction et réalité d’une façon tout à fait singulière où l’ancrage dans le quotidien est aussi fort que son imagination est échevelée, imprévisible. Y compris sa poésie dont il nous livre régulièrement depuis longtemps des extraits sur sa page Facebook. Au fil des pages de ce journal, il nous livre aussi deux nouvelles inédites : La canicule et La nuit.

    Le 21 novembre, à un salon du livre, le député PS local (du parti du président Hollande à l’initiative de la loi El Khomri, à laquelle Thierry est hostile), Hubert Fourages achète sa plaquetteVos discours ne passent plus  (Microbe, 2015) qu’il a cité dans son discours inaugural. C’est une énigme pour moi, note Thierry. Ce texte est un recueil anarchiste… Le monde des gens qui nous gouvernent est décidément un univers que j’ai du mal à saisir.

    Le 3 août, il note : « Avec le Journal, le moindre mensonge est tout de suite décelable. » Juste notation car, à moins qu’il s’agisse d’un journal fictif où l’écrivain voudrait afficher une image trompeuse, l’écriture d’un journal pousse le diariste à se confronter à soi-même sans faux-semblant et dans un souci de sincérité. Il se livre au lecteur tel qu’il se reconnaît au jour le jour ; c’est en cela que l’exercice est risqué mais exaltant.

    Voici un livre qu’il faut lire pour découvrir Thierry Radière ou pour parfaire la connaissance qu’on aurait déjà de ses divers ouvrages, et en attendant le prochain. Pour approcher un peu mieux l’homme et l’auteur, savoir de quoi sa vie journalière est faite, de quoi se nourrit son imaginaire d’écrivain...

    Éric Allard 

     

    31gQ7fOzX5L.jpgEXTRAITS

     

    « Il y a toujours comme un bruit de rêve dans les casseroles secouées de ma cuisine intérieure. » (2 janvier)

    « Les enseignants ont souvent oublié les adolescents qu’ils furent. La fonction les a modifiés et ils attendent de leurs ouailles des prouesses qu’ils n’étaient peut-être pas capables de produire à leur âge. » (15 janvier)

    « La publication est une drogue : plus on publie, plus on veut l’être. » (19 janvier)

    « Rares sont les libraires offrant à leurs clients des petits livres qui sortent des sentiers battus. C’est cette littérature-là que Facebook m’a permis de découvrir. Je défends toujours ce réseau social quand il est attaqué. Qu’on choisisse de ne pas avoir de compte facebook parce qu’on n’a rien à y partager et qu’on ne veut pas passer sa vie sur un écran est un argument recevable et compréhensible. En revanche, prétendre que facebook est une perte de temps – si on a des créations à partager  et d’autres à aller voir - est totalement aberrant. » (6 mars)

    « … en général, les profs de français ne lisent pas, j’avais oublié, et encore moins des poèmes.  »  (10 mars)

    « Je me disais que vivre, c’était peut-être meubler son vide à longueur de temps,  que sans ce réflexe de décor intérieur, je finirais par m’appauvrir et à être de plus en plus envahi par l’inaction et la paralysie des sens. » (11 mars)

    « Les coquilles ont la vie dure, elles s’accrochent toujours à un endroit qu’on pensait pourtant vierge de toute imperfection. » (6 avril)

     « La rentrée scolaire commençait ce jour-là : en mille neuf cent soixante-trois. Mémère ne s’est pas trompée : je suis né à minuit quarante-cinq , à quelques minutes près et je n’ai fait que cela depuis que je suis né, aller à l’école. » (16 septembre)

    « Je trouve mon équilibre pressé entre prose et poésie. Je distille le jus de cette pression abstraite entre images figuratives et phrases intempestives. Entre instantanés et longs métrages. Entre pointillés figés et tracés  sinueux. Ainsi brinquebalé d’une pulsion à l’autre, je rejoins peu à peu mon obsession de toujours : trouver une certaine forme d’équilibre et m’en contenter afin de me sentir bien intérieurement. » (20 novembre)

     

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    LIENS

     

    Le livre sur le site des Éditions Jacques Flament

    THIERRY RADIÈRE sur le site de La Maison des écrivains et de la littérature

    Sans botox ni silicone, le blog de THiERRY RADIÈRE

     

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    Extrait de Copies, éditions Jacques Flament, entre carnet de voyages, journal intime, essai sur la littérature et l'enseignement, roman d'amour et d'apprentissage, poème en prose. Jugez-en par vous-même. Les références précises du livre sont dans la marge à droite de ce blog, sous l'onglet Mes livres. L'incipit du texte est offert gratuitement à la lecture si vous allez sur le site de l'éditeur. Bonne lecture à vous. Si vous voulez le livre avec une dédicace personnalisée, envoyez-moi un mot en cliquant sur l'onglet Contact dans la marge à gauche du blog.

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    François Teyssandier, auteur et critique, a lu Le soir on se dit des poèmes éditions Soc et Foc et il en parle dans le dernier numéro de la revue de poésie Poésie/Première numéro 69

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  • « Au plus près du cœur du poète » (François Teyssandier)

    publié le 16 février 2018 par Claude Vercey dans AccueilRepérage

     
     

      

     

    « Il faudra bien du temps », de Thierry Radière, qu’accueillait la collection Polder (n° 169) en mai 2016, est sans conteste une de nos publications les plus remarquées par les lecteurs et les critiques. Après Christian Degoutte, Patrick Joquel, Eric Allard, Valérie Canat de Chizy, Jeanpyer Poëls, Patrice Maltaverne, sans oublier le quotidien Ouest-France (et j’en oublie peut-être), c’est à présent François Teyssandier qui dans le numéro de février 2018 n° 69, de la revue Poésie /Première, s’attache à rendre compte du recueil, à en saluer les vertus. 

     

    François Teyssandier :

    A première lecture, on pourrait dire que Thierry Radière fait partie de ce que l’on appelle les poètes du quotidien. En effet, il parle de cespetites choses qui sont, en apparence, banales, et qui jalonnent notre vie quotidienne. Mais cette analyse serait trop réductrice. Le quotidien n’est jamais banal dans l’écriture concise et resserrée autour de l’essentiel chez ce poète. Dans chaque poème, en effet, il y a toujours une échappée hors du réel. Un exemple : la pluie dévale dans la rigole/nous venons de parler du bonheur/j’ai une arête en travers de la gorge. On voit que le poète se sent parfois un peu désarmé devant la vie. Ce n’est donc pas une poésie narrative, figée dans l’instant. Au contraire, elle se projette toujours dans l’espace et le temps. Les notations réalistes engendrent des doutes, des inquiétudes, des interrogations existentielles qui mettent en je l’univers intime du poète. Le recueil s’ouvre sur ce poème : je ne sais plus si je raconte/ma vie ou celle d’un autre/à qui je parle souvent/et jamais ne me répond/alors j’écris… Le ton général est donné. Sous l’apparente simplicité des choses fourmille tout un univers secret qui ne se dévoile que par fragments, parce qu’il conserve en lui sa part d’énigme. Ce n’est pas une poésie faite de concepts abstraits. L’émotion, teintée de mélancolie, affleure, mais sans apitoiement ni sensiblerie. Les mots et les vers sont simples et précis. Les images nous parlent du temps passé, du temps présent. On est au plus près du cœur du poète qui bat sourdement dans l’écriture contenue des poèmes. Une poésie sensible, au plus près de l’humain. C’est comme/ça que naissent/mes poèmes/pris entre deux cœurs/délivrés des saisons.

     

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    Le quotidien est un océan
    bloqué par des plages
    filant dans des sabliers
    collant aux mâts des
    bateaux rêveurs
    il aguiche les microscopes
    des hublots posés tout autour
    de lui pour leur
    signifier:
    C'est là
    dans le désir de fixer
    que la vie est libre
      

    Extrait de Si je reviens sans cesse, éditions Jacques Flament.

     

     

     

     

     

     


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