• De l'aventure à la peur de mourir.

    J’ai plusieurs fois pensé à cette notion floue et passe-partout qu’est l’aventure depuis que je suis allongé sur ce lit d’hôpital. Je ne sais pas ce que cette idée a à me harceler au moment où je mange ou quand je ne fais rien. Elle sert certainement à me convaincre qu’il y a un sens à la banalité. À force de vouloir tout ressentir pour tout comprendre, j’ai le sentiment que plus rien ne peut m’atteindre. J’irais même jusqu’à dire que cette vie de grabataire a quelque chose de séduisant et d’enrichissant pour l’être flegmatique et peu actif que je suis.

    L’état larvaire angoisse mais rend peut-être la perception du monde un peu plus juste. En tout cas, le mensonge finit par être perçu et ce, par je ne sais quelle opération de discernement. Le récit du monde devient clair. Je n’y avais jamais songé auparavant. Tout, autour de moi, évoque des phares en train d’éclairer une mer. Mon regard est celui du marin attendant une révélation grandiose dans l’eau lumineuse et immobile depuis que son bateau est parti.

    Plus les gémissements et les petits cris de douleur viennent perturber la tranquillité de mon état intérieur, plus mon corps se partage entre deux désirs contradictoires : celui d’élévation et celui de cristallisation. Des voix sans visages et des paroles insensées continueront de peupler mes prochaines nuits à l’hôpital. Cet aspect de l’existence ne m’avait jamais traversé l’esprit.

     

    Je suis comme un personnage de roman. Mon hospitalisation ressemble à un long discours en train de perturber ma perception du réel. Non, la vraie vie n’est pas ailleurs. Elle est bien là. Le monde vivant pousse dans les gorges de malades. La peur de mourir est une expérience comme les autres.

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