• Du paysage aux sentiments.

    Lentement le ciel s’ouvre au milieu d’une nuit douce et parfumée. Avec les lumières et les bruits sourds qui accompagnent la renaissance du jour, la vie du bord de mer apparaît comme un artifice tributaire de son environnement. L’espoir de voir s’élancer de toute leur force des vagues démesurées en pleine chaleur obscure, meurt peu à peu. Les tempêtes ne parlent jamais sur cette île. Elles sont enfouies au plus profond des rêves indigènes et dorment depuis longtemps dans leur imaginaire.

    Ce sont des êtres pondus par le soleil, un jour de pleine lune, que j’ai voulu dépeindre.

    Mes personnages insulaires vivent au jour le jour, sans penser au lendemain. Ils aspirent tous à un coin de fraîcheur. C’est tout. Je ne leur en demande pas plus. Ils sont dans le décor. On les remarque à peine. Mais ils sont  quand même là. Je voudrais que cet endroit soit à la fois un lieu évocateur pour n’importe quel lecteur et qu’il échappe aussi à toute tentative d’identification ou de représentation géographique. Un pays  propice au rêve et à la fois incompatible avec celui-ci. Quelque chose comme ça : une hésitation entre méditation et action ; un mélange inconscient ; un terrain où tout est possible ; un poème d’amour en forme de prose. J’ignore encore si j’ai choisi le bon genre. J’ai toujours une tonne d’images dans la tête et me demande s’il  faut que je les  trie au moment d’écrire. Je ne pense pas. Mais je ne peux quand même pas les garder telles quelles. Cela fait désordre et  pas très professionnel. Je cherche dans le plaisir de créer une forme de désespoir à écrire. C’est bizarre. Je n’y avais jamais pensé avant. La mer m’obsède. Celle de mon histoire n’est pas assez présente, ou peut-être un peu trop mal suggérée. Je dois travailler là-dessus. Rendre le décor plus convaincant, autant que mes personnages. La topographie m’a toujours fasciné. Les gens qui partent en voyage aussi. En général, ils sont tous habités par une envie très pressante de départ et une nostalgie déchirante du retour. Fitzgerald l’avait compris et si bien rendu dans Tender Is The Night. La différence entre les lieux décrits dans son roman et ceux de cette île, c’est que tous ont une valeur symbolique dans son livre. Alors que l’île de mes  estivants n’a rien d’un symbole. Elle nage au milieu de la mer le plus littéralement du monde. Les vacanciers sont tous normaux. Enfin, c’est ce que j’essaie de traduire. Ils ne sont pas comme les personnages de Fitzgerald, hantés par un idéal d’accomplissement. Non, pas du tout. Ce n’est pas mon projet. Ils partent en vacances parce qu’il faut partir, mes personnages. Loin d’eux le désir romantique d’aller s’extasier au milieu de la nature.

     

    Je me rends compte de plus en plus que j’écris sur la lenteur, alors que je  suis plutôt expéditif dans la vie. Je construis un monde et vis dans l’espoir de ne jamais être dérangé. Je me protège derrière ma fiction. Je m’exhibe avec elle. Je me retire discrètement du monde réel pour rechercher avec elle l’inconnu qui me rendra heureux. Ça, ça énerve Flora, parce que forcément, cela demande isolement et travail solitaire. Elle dit que je ne suis pas assez avec elle quand j’écris. J’aimerais lui prouver, tout en construisant ce roman, qu’elle a tort : écrire, c’est tenir compagnie à l’être aimé.

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  • Commentaires

    1
    Edith
    Dimanche 22 Janvier à 14:21

    ...c'est tenir compagnie à l'âtre aimé... J'aime !!

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