• Invité par Mathieu Simonet à écrire un texte sur mon père

    Thierry Radière (n°20)


       Fernand Raynaud était encore vivant à l’époque et ses one-man shows passaient souvent  à la télé. Ce jour-là, c’était un dimanche après-midi, l’ORTF avait décidé de diffuser l’intégralité d’un de ses spectacles à l’Olympia. J’étais petit à l’époque, je devais avoir dans les huit, neuf ans. Je ne savais pas que mon père pouvait rire à en pleurer. Il était obligé de retirer ses lunettes à chaque fois tellement il n’en pouvait plus et s’essuyait les yeux à l’aide d’un mouchoir à carreaux. Très vite et discrètement mon regard se dirigea vers lui. Je ne voulais pas rater une seule miette du spectacle de mon père mort de rire. En revanche les clowneries de Fernand Raynaud ne me touchaient pas. J’étais intrigué et heureux. Il comprenait des choses qui m’échappaient. J’aurais aimé savoir ce qu’il trouvait de risible dans les sketches de Fernand Raynaud, mais c’était impossible de lui parler : il ne savait que rire aux éclats, si bien que petit à petit je me mis à l’imiter pour lui faire plaisir ; je commençai à sourire, puis à rire comme lui très fort. Au fond de moi je n’avais qu’un rêve que ce dimanche après-midi ne s’arrête jamais, que les numéros s’enchaînent les uns aux autres jusqu’à l’infini. Un moment donné, s’apercevant que je riais comme lui, il me tapa sur la cuisse de sa grosse main carrée comme on le faisait entre camarades qui se racontent des blagues. Ce fut la plus belle tape de mon père. Le paroxysme fut atteint lors du sketch du défilé où on voyait  le comique le visage en sueur se moquer des militaires lors du défilé du quatorze juillet. C’était apparemment le préféré de mon père :  il en toussa tellement fort que j’eus peur qu’il s’étouffe. Il revint à lui progressivement tout en explosant de rire. Malheureusement je ne pus le singer : j’étais incapable de tousser en riant. À la fin du spectacle, mon père remit son masque d’homme sérieux, comme si Fernand Raynaud n’avait jamais existé, et moi je retrouvai mon visage d’enfant curieux de connaître un peu plus son père.   
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