• Je vivais hors du temps

     

     

     

    Je vivais hors du temps dans un espace proche de la terre, les yeux toujours rivés au sol. Quand je levais la tête, c’était pour rêvasser à la vue des oiseaux dans le ciel ou des avions qui y laissaient des routes derrière eux. Mon père m’avait expliqué qu’il y avait un couloir aérien juste au-dessus de notre maison. Déjà l’expression m’intriguait. C’était éblouissant. J’étais persuadé que quand on avançait dans la vie, le chemin parcouru disparaissait lui aussi à l’instar des traînasses laissées par le passage des avions dans les nuages. Et qu’à la fin on ne retrouvait plus son chemin à cause de ça. Le guidon de mon vélo tournait bien. Ses freins étaient irréprochables. Il pilait à la moindre pression de mes deux petites mains de garçonnet potelé. Mon père le graissait régulièrement. Il était comme moi attaché aux mécaniques bien huilées. Il ne me le disait pas, mais sa burette le trahissait. Chaque jour, mon vélo passait sa révision générale. J’avais le sentiment d’être important. 

    (Extrait de A un moment donné, éditions Tarmac)

     

     

     

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