• Le linge et la mer (épisode 3)

    - Je sais, on va aller où on va d'habitude, d'accord ?

    Aucune réponse. Je sens que le voyage sera long. Mais qu'a-t-elle enfin ? Je la regarde de temps en temps, elle est pâle et muette. J'ai l'impression qu'elle fixe la route et que c'est le vide dans sa tête. Plus aucune expression sur le visage, à part quelques clignements d'oeil que j'entrevois furtivement - dès que je tourne la tête - pour capturer à son insu une émotion sans doute porteuse d’espoir. On dirait un mannequin de cire.

    - Véronique ?

    J'attends presque une minute avant qu'elle ne me réponde.

    - Oui, c'est moi, c'est bien mon prénom...

    Elle est d'un cynisme déroutant. La mer est encore à vingt kilomètres. Peut-être suis-je allé trop loin la dernière fois ? J'ai balancé toutes les affaires dont je n'avais pas besoin pour prendre la chemise repassée en dessous des autres. Véronique était folle de rage quand elle a vu ce que j'avais fait de la pile de linge qu'elle avait pris le temps de ranger dans mon armoire. Sur le coup, je ne me suis pas vraiment rendu compte, ce n’était pas pour me moquer d'elle. J'étais simplement pressé. Il paraît que c’est comme ça à chaque fois.

    Le trajet est long. Ni elle ni moi ne sommes décidés à ouvrir la bouche. J'ai déjà essayé. Maintenant c’est son tour. Tout ça à cause d'un tas de linge que je n'ai pas pris le temps de replacer comme il était. La goutte de trop qui a fait déborder le vase, certainement.

     

    J’imite Véronique : je fixe la route. J'ai la sensation d'être dans un tunnel infiniment long. C'est comme si je me retrouvais seul dans le noir. Je ne l'entends même pas respirer. Mes soupirs ne la dérangent pas. Imperturbable. C'est ma seule manière de lui signifier que j'en ai assez. Elle n'entend plus mes mots. Elle a l'air détendue. Qu'est-ce qu'elle a dans la tête pour être à ce point aussi détachée de la réalité ? Pourquoi ces kilomètres ensemble si elle continue à m'en vouloir ? Je croyais que c'était un voyage de réconciliation. Faute de petits déjeuners, il fallait bien qu'un de nous deux trouve une ruse ! Pour une fois qu’elle cède et propose une activité originale ! Eh bien non, je me suis trompé. Où est-ce que nous sommes là ? J'en ai perdu le sens de l'orientation. Toutes ces maisons alignées les unes à côté des autres ne me disent rien. Nous ne sommes jamais passés par là ! D'habitude, on arrive à une intersection et on doit tourner à gauche pour La Pointe.

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