• Le linge et la mer (épisode n°7)

    Les rouleaux que forment les vagues au loin emportent avec eux mes questions sans réponse. La dernière fois que j'ai vu la mer, elle n'était pas comme aujourd'hui, lancinante et énigmatique.

    Nous reprenons, en accélérant le pas, notre marche silencieuse le long de la plage. Le sable sec a désormais remplacé l’autre mouvant de tout à l’heure. Je ne crois pas que Véronique continue de pleurer : parler l’a soulagée, même si ses paroles étaient désespérées. C'est à moi de lui prouver qu'elle n’a aucune raison d’être triste. Nous nous aimons et cela ne suffirait-il pour retrouver l’espoir ?

    Quand je lui murmure que je l'aime, elle est heureuse. Pourquoi ne lui ai-je pas dit depuis trois jours ? C'est maintenant qu'elle en aurait besoin de ces mots d’amour mais je ne sais pas pourquoi ils ne veulent pas sortir de ma bouche. Pourtant j'en ai vraiment envie. J'ai peur de son incertitude et de sa lassitude, comme tout à l'heure dans la voiture. Elle n'avait pas l'air sereine comme je le pensais, mais lasse, oui c'est ça, lasse. Elle pourrait me prendre par la taille. Si elle le fait, je lui déclare mon amour.

     

    Je commence à avoir une crampe dans le bras. J'ai peur de le retirer de ses épaules et de ne plus pouvoir le remettre ensuite. J'ai peur qu'elle ne m'attende pas, et que le temps que je récupère mon bras, elle continue, comme si de rien n'était. Là ou pas là, elle est capable de poursuivre son chemin jusqu'à épuisement total. Une fois, je l'ai rattrapée comme cela, sur la petite route qui passe devant chez nous.

    Au moins sous mon bras, même si elle est malheureuse à cause de moi, je sais qu'elle est là et qu'elle ne partira pas.

     

    Nous croisons un autre couple marchant sur le sable mouillé. Ils rient, se tiennent par la taille et viennent de s'embrasser. Je suis sûr que c'est pour nous narguer. Tout le monde doit le voir que Véronique est malheureuse et que moi aussi je ne suis pas dans mon assiette. J'ai du mal à prendre conscience que nous sommes, elle et moi, au bord de la mer pour nous réconcilier. Je n'ai jamais été aussi seul. J'hésite entre les hurlements animaux et les caresses violentes. Je suis tiraillé entre les deux. La mer apaise, aspire, dramatise, pèse, poignarde et remue dans ses allers et venues les cicatrices de notre union. 

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