• Monologue d'une champignonnière 2 (extrait)

     

    Avec les mots venus d’une autre langue, je finis par entrapercevoir les limites d’un monde en évaporation. Les parfums oubliés, que l’idée d’un ensevelissement complet fait renaître en moi, me projettent à contre-courant d’un univers que je redoutais : celui du purgatoire et de l’attente encore plus grande que dehors. Rongé par les tergiversations des verdicts qui ne m’appartiennent pas, je suis condamné à penser que la mort arrivera quand elle décidera de venir. Sournoisement peut-être. Les préparatifs tombent à l’eau. Abandonné par mon choix d’en finir, les murs se resserrent sur mon unique lumière. Mes songes sont des raccourcis de vie ; ils passent la tête à la surface de ma mort. Tout se complique au fond de mon cimetière imaginaire. La pierre tombale dont ma dépouille ne sera pas recouverte pèse sur mon esprit comme un couvercle sur une cocote en ébullition.

    Je me retrouve à la place de l’artiste après qu’il a trouvé une idée, sans savoir pas par quel bout la prendre et l’exprimer du mieux possible. Dans les confins de l’irréel, la mort a un habit entièrement différent de celui des enterrements : sa parure est étrange. Elle se tient là, immobile devant mes yeux, et exerce ses talents envoûtants de marchande de voyages.

     

    Mon entêtement à partir est une obstination abstraite à revenir ; une libération des pensées pour un peuplement du désert brûlant dans mes veines le paysage de l’infini. Ma vision de l’au-delà est une peinture en mouvement, elle change de couleurs au fur et à mesure que je m’en approche.

     

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