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    La vie des passagers

    d’un train que j' imagine

    des kilomètres durant

    me poursuit longtemps

    après que je les ai quittés. 

     

     

     

     

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    Mon camarade de chambre est toujours là. Son dos n’a pas changé de position. Tourné vers moi. Ses poils ont bien poussé depuis tout à l’heure. Ils sont de plus en plus grands. Il est donc bien en vie. Ses cellules ne sont pas mortes. Ses paroles bourgeonnent quelque part dans sa tête ou ailleurs même. 
    Je n’ai plus qu’à regarder croître ses poils. Le spectacle est déprimant. Une petite vie grandit sur un corps endormi. Le contraste est saisissant. Bientôt son être sera entièrement poilu. J'assiste, impuissant, à la métamorphose d’un muet sans complexe dans une chambre d'hôpital. 
    Les infirmières se rendent bien compte, quand elles passent, que mon voisin a quelque chose de bizarre. Mais elles ne voient pas exactement ce qui cloche. Peut-être se sont-elles trompé de produit dans le goutte-à-goutte. Elles ont mis de l’engrais à la place du glucose. Son système pileux est angoissant. Un singe humain dort près de moi. Il renferme le malaise bouillant en moi. C’est mon image que je vois. Peut-être ai-je aussi des poils dans le dos ? J’en sens quelques-uns. J’ai peur. D’habitude je n’en ai pas. C’est vrai que c’est Nathalie qui s’en occupe en général. Ils ont eu le temps de pousser. Je ne veux pas lui ressembler. Il faut bien se rendre à l’évidence que nous avons des points communs lui et moi. 
    Si Hugo et Chloé étaient là, je ne voudrais pas qu’ils assistent à ce spectacle pitoyable de déchéance humaine et de mutisme sentimental. Non, certainement pas. Les enfants ont le temps de perdre leurs illusions.

    (Extrait d'une fiction inédite)

     

     

     

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    La mer n'était plus très loin, d'après mon père ; juste derrière. Mais nous, nous devions poursuivre encore quelques kilomètres au Sud, dans les Landes, à Biscarosse plus précisément. Et enfin nous verrions la mer au loin, grise ou bleue avec des rouleaux blancs qui n’en finiraient pas d’avancer, de disparaître et de se reformer au large comme par magie. Nous étions impatients Florence et moi. Nous sentions déjà l’océan rien qu'en l'imaginant. 
    Lorsque nous le découvrîmes réellement, nous fûmes contents, mais sans plus. Il y avait une différence entre la mer de notre imagination et celle que nous avions en face de nous. Cela ne nous empêcha pas d'avoir un petit pincement au coeur lorsque nous quittâmes le terrain de camping quinze jours plus tard. Je revins avec – dans le coffre de la voiture - un seau rempli de coquillages et d'étoiles de mer. Toute la famille dut se taper l’odeur nauséabonde de mes invertébrés en décomposition pendant le trajet du retour. Je fus encore plus malade qu'à l'aller, cette année-là. J'eus beau me convaincre que ce n’était que des émanations de marée, ce fut pire.

    (Extrait d'une fiction inédite)

     

     

     

     

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    Son mutisme s'entendait

    jusqu'aux craquements

    des feuilles mortes sous ses pieds

    aux coulées de bave d'escargot sur la route

    aux cous de canard tranchés par la hache

    aux ruissellements des chasses d'eau tirées

    à la lumière de la pleine lune

    se baignant seule dans la bassine

    en plastique bleue de l'évier

    au bruit de froissement des pages de journaux

    tournées jour après jour.

     

     

     

     

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  • Extrait de Les samedis sont au marché, éditions les Carnets du Dessert de Lune

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