• Tableaux d'une autre vie (17)

     

     

    J'ai eu des périodes où je me prenais pour un médecin légiste. J’entreprenais des autopsies sur les corps d'animaux morts que je trouvais par hasard, lors de mes promenades solitaires. Je m'amusais à rédiger des rapports sur les circonstances de leur décès. C'était l'occasion pour moi d'imaginer toutes sortes de vie à mes pauvres bêtes. Du crapaud qui avait dû se faire rouler dessus, à l'oisillon tombé de son nid, en passant par la grosse mouche à vers que je retrouvais écrasée dans ma chambre, tous avaient eu une existence que j'essayais tant bien que mal de reconstituer jusqu'au moment fatal de l’accident. Je remplissais des feuilles et des feuilles sur mon cahier pour chaque animal. Chacun avait un numéro comme dans les morgues.

     

    Certains de mes camarades de classe – surtout les filles - rédigeaient leur journal. Moi je complétais, sans me lasser, mon cahier de rapports médico-légaux. Quel est l’intérêt de raconter sa vie jour après jour ? pensais-je. Je trouvais cette manie absurde. Je me demande – si j’avais été contraint moi aussi de m’y plier - ce que j'aurais pu écrire. Je ne réalisais rien de particulier de mes journées, sinon me poser des questions sur l’existence que je menais. J'avais horreur d'écrire pour ne rien dire. Raconter le quotidien comme il était ne m'intéressait pas. Je préférais m'imaginer dans un autre monde, au coeur d'une mission, à la recherche du monstre dévorant les enfants pendant leur sommeil.

     

     

    Blogmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :