• Tableaux d'une autre vie (38)

     

     

    Le tableau qui est là en face de moi, je le regarde différemment mais il continue à me déconcerter toujours autant. Dès que je tombe dessus, comme maintenant par exemple, je n'arrive pas à le quitter des yeux. Il m'intéresse plus que quand je l'ai peint, il y a plusieurs années. Il ressemble à une vue d'avion au-dessus d'un cimetière. Alors qu'avant, je trouvais qu’il était abstrait.

    Il y a des jours où je n'aime plus mes créations. Dans ces moments-là, je quitte mon atelier, sinon je brûlerais tout sur place. La prochaine fois, c’est se qui se produira : je mettrai le feu aux pièces qui me dégoûtent ; après tout c'est le seul moyen dont je dispose pour ne plus revenir sur ce que j’ai fait.

     

    J'ai remplacé mon lard de gros par des oeuvres, ou plutôt ma graisse a fondu sur mes toiles. Voilà le résultat. Cela s'est produit sans que j'en sois réellement conscient. Je n'ai pas eu besoin de faire un régime ; tout est parti comme ça dans la plus grande discrétion. Il faut bien nourrir son travail artistique de quelque chose, n’est-ce pas ?

     

     

    Le manège de chevaux de bois de la place du marché tournait encore hier à onze heures du soir. Il n'y avait personne dessus. Je serais bien monté sur un des chevaux cabrés. J'aurais bien tourné jusqu'à minuit, mais on m'aurait pris pour un taré, un désaxé, un fou évadé de l’asile psychiatrique. Je me suis retenu en fixant les lumières ceinturant le haut du toit du manège ; et la musique d'orgue de barbarie s'est amplifiée. Les chevaux ont continué leur interminable rotation, en montant et en descendant. J'avais envie de me reposer sur leur dos. Accroché au mouvement giratoire, je serais allé très loin.

     

     

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