• Tableaux d'une autre vie (44)

     

     

     

    Lorsque à la gare, j'allais avec mon père chercher mon oncle, j'étais aussi heureux que quand je prenais la micheline avec mémère. Pourtant, là je ne partais pas. J'entendais, Le train en provenance de Paris va entrer en gare. Eloignez-vous de la bordure du quai, s’il vous plaît, et je sentais que j'étais heureux. Je regardais tous les wagons pour voir si tonton ne me faisait pas signe bonjour à la fenêtre. Dès que le train s’immobilisait, je ne savais plus où donner de la tête. Je regardais à droite, à gauche, devant moi. Je voulais le voir descendre de sa voiture, une valise à la main. Une fois sur le quai, il nous trouvait, lui, et affichait un large sourire. Je l’embrassais pour lui dire bonjour ; il sentait le voyage sur les joues

    J'adorais qu’il nous rende visite et qu’il reste à la maison plusieurs jours. J'appréhendais de le voir préparer son sac : je comprenais que l’heure du départ était proche. Jamais je ne le raccompagnais jusqu'à la gare : je ne voulais pas pleurer devant mon père ; il m'aurait pris pour une fille et ça m'aurait fait rougir. Tonton venait tellement peu souvent et il était si gentil. C'est Florence qui y allait. Elle, son départ ne la touchait pas. En tout cas, elle ne le montrait pas.

    Tonton Gilbert ne faisait rien d'exceptionnel avec nous, mais je ne sais pas, sa seule présence sentait le voyage, et moi j'aimais ces senteurs-là, petit. Je croyais qu’il ne se déplaçait qu’en train, qu'il allait chez des gens toujours nouveaux et qu'il repartait comme il était venu, en apportant avec lui son parfum. Même s’il n'avait rien d'exotique, son eau de toilette, elle, l’était Je crois que c'est le parfum de l'eau de toilette qu'il utilisait qui évoquait les voyages pour moi.

     

    Je me disais que plus tard je serais comme tonton Gilbert. Il avait toujours une brosse à dents dans sa poche et un petit crayon de papier coincé dans le ressort d'un calepin. Je ne réussis jamais à lire ce qu'il y écrivait. C'est tout cela qui me plaisait chez lui. Dès que je lui parlais de mes bêtes et de mon laboratoire, il avait l'air tellement intéressé. Il m'écoutait aussi sérieusement que si c’était mon père ou ma mère qui lui parlaient. Pour lui, il n’y avait pas de différence : j'étais un grand comme eux.

     

     

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