• Tableaux d'une autre vie (45)

     

     

     

    Les œuvres terminées sont là, posées contre le mur, prêtes à partir chez mon galeriste. Les autres, les inachevées, on dirait qu’elles me fixent avec leurs yeux de mendiant. Je détourne le regard, je suis gêné. L'aspect aguicheur de leur existence m'embarrasse.

     

    J'ai grandi et j'ai maigri mais cela ne signifie pas pour autant que je suis plus intelligent qu’autrefois. Je crois que j'ai même régressé en perdant du poids. Alors je me raccroche à mes souvenirs. Il paraît que quand on retrouve ce qu'on a perdu, on est déçu. C'est peut-être ça la désillusion.

     

    Par la suite, j’ai vécu une adolescence sans intérêt parce que davantage engagée idéologiquement, et donc moins personnelle. Je passais mon temps à réfléchir aux idées des autres et par conséquent à oublier que moi aussi j'avais mes propres convictions. Ou plutôt je croyais qu'exister c'était adhérer ou rejeter un système de valeurs, et rien d’autre. Je n’aspirais qu’à une seule chose : mener une vie anti-conformiste – preuve, pour moi à l’époque, d’intelligence suprême et surtout de liberté extrême. Résultat : j'étais comme la plupart des adolescents, contestataire, extrémiste et mal dans ma peau à force de n’être pas moi-même et de m’obstiner dans une voie dictée par des manipulateurs faussement désintéressés par le pouvoir.

    Maintenant, seules la nuance et ses subtilités m’intéressent. Je ne crains plus mes contradictions.

     

    Mes peintures ont oublié que j'avais eu des idées noires.

     

     

     

     

     

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