90% des textes publiés sur ce blog sont inédits et écrits au quotidien. Les autres sont des extraits de livres déjà édités. Tous 100 % bio .
Par Thierry Radière
Le train est de loin le moyen de transport que je préfère. Et ce, depuis longtemps. Sans doute cette préférence est-elle liée à la rêverie qu’il m’offre généreusement dès que je suis installé à bord de mon compartiment réservé. Il me fait l’effet d’un être qui m’attend depuis longtemps et que je retrouve dans un lieu chaud et propice à l’aventure. J’aime ces moments de retrouvailles que le train m’accorde. Pendant plusieurs heures, douillettement assis à ma place, le brouillard se dissipe et la liberté d’être enfin ce que je suis au fond : un homme vacant, rêveur, joueur, empathique à outrance, et profondément lucide ; devient un plaisir exquis. Les masques tombent, les corps flottent, les rires et les sourires deviennent les personnages d’une fiction improbable, à toute allure sans complexe. La grande promiscuité avec les voyageurs pourrait paraître embarrassante voire dérangeante et même contrariante pour certains, mais pour moi elle est source de stimulation. Je suis une poussière incrustée dans le fauteuil. Je ne fais donc pas de bruit, mais mes sens m’informent à tout moment, de l’évolution du décor. Une conversation au téléphone me plonge dans l’intimité d’un couple que personne ne devrait entendre. Les pleurs d’un enfant assis derrière moi m’apprennent davantage sur la manière dont il est éduqué par ses parents que de longs discours verbeux prononcés par des pédopsychiatres convaincus de détenir la vérité. Des conversations, même discrètes, entre amies, m’en disent plus sur la personnalité de chacune d’entre elles qu’une présentation individuelle. La manière de lire d’un homme est un excellent révélateur de sa psychologie. Il en est de même pour ceux et celles qui dorment confortablement assis. Pas un seul ne dort comme son voisin ou sa voisine. Et leurs façons de regarder par la fenêtre le paysage qui défile est un spectacle à lui seul. Dans certains yeux le paysage extérieur s’y reflète et dans d’autres l’ombre diffuse des tracas ou des souvenirs y flotte bizarrement.
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