90% des textes publiés sur ce blog sont inédits et écrits au quotidien. Les autres sont des extraits de livres déjà édités. Tous 100 % bio .
Il y a 3 ans j'écrivais ce long texte dans mon journal 2016, éditions Jacques Flament.
Je me suis entendu braire comme l'âne à côté de chez nous hier matin en me promenant. Mais peut-être était-ce la voix d'un poème à écrire qui faisait tout pour que je m'en souvienne et que je me remette au travail une fois rentré chez moi.
Si j'avais su plus tôt dans mon enfance qu'écrire des poèmes n'était pas enfantin j'aurais peut-être été adulte avant les autres. Et alors me dis-je maintenant rien n'aurait changé à la destination du voyage.
Mercredi se réveille une lune au bout du nez et forcément en train de loucher pour ne pas en rater une miette.
Et cette fin d'hiver déjà en tenue de plage sent bon le chichi en même temps que la punaise des bois. Il s'agit sans doute d'une cinquième saison intermédiaire entre le rêve et la réalité que les écrivains connaissent quand tout se complique dès qu'ils...
Aller d'une saison à l'autre revient à traverser un fil d'un point à un autre tel un funambule jamais certain de ne rien trouver sur son passage.
Si j'attends trop longtemps un train finit par surgir et à m'entraîner dans un voyage dont j'ignore le point d'arrivée si j'attends trop longtemps.
Je te vois tailler les rosiers en plein soleil hivernal et cela me suffit pour me croire déjà en été entouré de roses.
C'est en hésitant que les idées viennent et c'est en tranchant que les images tombent me dis-je en écrivant un nouveau poème.
Alors je me suis remis au travail avec d'autres pensées que celles qui m'accompagnaient au départ et bizarrement un troisième type de songes est venu alimenter un récit que je ne m'attendais pas à écrire un jour.
Pour que les choses arrivent à point nommé il faut de bonnes ailes la nuit dans ses rêves : le seul moment où tout est possible même l'attente en volant.
C'est plus fort que moi dès que je suis dans un aéroport une gare sncf ou une gare routière je redeviens le petit enfant qui attendait tout des voyageuses au parfum si fort.
A l'instant même où l'idée naît une émotion se greffe dessus comme une main sur le bras accidenté d'un homme habitué depuis longtemps à faire avec sans trop d'espoir voilà comment j'avance page après jour mot après nuit rêve après texte silence après...
En plus des bûches prêtes à flamber quelques nuages partiront de sa tête réchauffer ses articulations de scieur aux manches retroussées.
Aujourd'hui et sa semaine débutante partent au bal pour des nuits blanches : histoire d'accélérer l'arrivée du printemps.
N'oublie pas que je me souviens de tous tes poèmes comme si c'est moi qui les avais écrits.
Une mouche me regarde écrire mais j'ignore ce qu'elle voit vraiment. Voilà pour résumer ce qui m'intéresse plus que tout de raconter jour après jour à mon bureau.
Mercredi est bien arrivé à l'heure mais cette fois en habits de tercet requinqué léger et déjà au petit trot.
Vendredi voulait qu'un quintil lui rende hommage et c'est chose faite aujourd'hui avec ses yeux brillants accoudé au bord de la fin de semaine.
Approche-toi de moi et je te montrerai les poèmes que j'ai écrits pour toi cette nuit.
Le vin chaud que nous avions bu cet hiver-là me revient en mémoire telle une vague gigantesque parfumant mon bureau de cannelle à n'en plus finir.
Sans parler des minuscules bruits fabriqués par nos angoisses le temps se dilate se rétrécit puis se dilate à nouveau revenu d'un court périple que nous n'avons pas vu passer.
Les trains servent à ça à transporter des lumières très vite et très loin dans la plus grande indifférence des valises restées au fond des filets à bagages et des cartes jaunies par le temps.
J'essaie à chaque fois que c'est possible de laisser une partie de moi-même s'envoler au vent pour mieux l'accueillir dès qu'elle revient et sentir alors quelque chose de neuf dans ses ailes contre ma peau.
Puis au réveil comme d'habitude je me sentirai tellement bien d'avoir volé toute la nuit que je continuerai ma journée en essayant de flotter le plus loin possible.