90% des textes publiés sur ce blog sont inédits et écrits au quotidien. Les autres sont des extraits de livres déjà édités. Tous 100 % bio .
Tout en lisant son poème j’avais encore en mémoire l’image de sa nage évoquée dans le vers précédent et je ne pouvais pas faire autrement que de m’imaginer en poisson près de son corps dans l’eau au lieu de continuer à lire normalement comme n’importe...
Le poème me dis-je n'est pas facile d'avoir envie d'être écrit.
Quand je lis dans le haïku de Yasui Kôji qu'à sa mort ce dernier voudrait qu'on vienne déguisés en oiseaux je me dis que les poètes sont vraiment des êtres prévoyants.
Seuls l'arôme du café en train de passer et l'éclairage de l'ordinateur dès le matin alors qu'il fait encore nuit parviennent heureusement à réveiller mes personnages toujours un peu paresseux dès qu'il faut reprendre la route.
Le poème me dis-je fait toujours son strip-tease sans qu'on lui demande rien simplement pour le plaisir d'entendre ses vêtements tomber au sol les uns après les autres doucement.
Le poème me dis-je se moque bien d'avoir le dernier mot il laisse ce plaisir-là aux vaniteux de la littérature.
Le poème me dis-je parle souvent plus aux bêtes qu'aux humains sortis de grandes écoles.
Je revois la peupleraie sans penser à autre chose que les rêves que j'ai faits d'elle quand nous passions devant et que j'ignorais encore qu'elle me manquerait autant.
Le poème me dis-je est capable de faire une grimace l'air de rien entre deux vers et redevenir sérieux juste après.
Le poème me dis-je peut sortir ses cornes et les rentrer aussitôt sans pour cela se prendre pour un escargot ou une limace. Il ne faut pas se fier aux apparences avec lui.
Je ne m’endormirai pas avant d’avoir été un peu compris par moi-même. J’ai du travail jusqu’à la fin de mes jours.
Tout est dans cette saison un peu timide et difficilement identifiable entre le printemps et l'été que seuls les écrivains décrivent bien quand ils ont trop bu et qu'ils cherchent leurs mots.
Le temps des cerises Poursuit sa fuite Dans le bec du merle. (tercet du mardi)
Le poème me dis-je n'a pas besoin de longs discours ni de démonstration verbeuse au contraire il aspire à davantage de simplicité sans vouloir plaire à tout prix.
Les abeilles du jardin me font penser aux poèmes d’Emily Dickinson et aux tensions intérieures contenues dans la volupté et la sécheresse parfois de ses vers ramassés au moment où je devrais me sentir léger.
Le poème me dis-je aurait tendance à pointer souvent son nez au moment où je l'attends le moins et à se volatiliser dès que je l'invite à boire un coup chez moi comme s'il avait peur de mon hospitalité.
Tout est dans le clin d'oeil unique jamais vu ailleurs qu'entre le fromage et le dessert.
Tout est dans sa manière de lire semblable à une île discrète flottant au milieu du Pacifique.
Le poème me dis-je c'est ce qui reste aux songes quand ils sont fatigués de faire des phrases.
Le poème me dis-je n'a pas de bras ni de jambes ni de corps ni de tête et pourtant il est aussi présent qu'un être en chair et en os.
Tout est dans sa manière de plier le papier autour du cadeau et le rayon de soleil posé comme un fil sur l'ourlet principal de l'emballage.
Tout est dans ce demi bu à la hâte et son goût amer resté au fond de la gorge au moment de prendre le train et jusqu'à la fin du voyage.
Entre la minuscule fissure au plafond et ce que l'enfant imagine derrière celle-ci en trempant sa tartine beurrée dans son bol de chocolat une journée pas comme les autres est en train de s'échafauder dans le plus grand des secrets.
Tout est dans son visage posé au creux de sa main telle une fleur de pivoine retenue à l'intérieur d'un vase transparent.
Les Californiens et leurs têtes de biscuit me font rire dans la bouche de Frida Kahlo.